Sommaire des poèmes

LARME


 

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais à genoux dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert,
Que tirais-je à la gourde de colocase?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.

Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel jusqu'au soir .
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.

L'eau des bois se perdait sur les sables vierges.
Le vent, du ciel,  jetait des glaçons aux mares...
Or! tel qu'un pêcheur d'or et de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire!

Mai 1872.


 Arthur Rimbaud
 ©Jacques Lemaire, 1999-2001