
Dans son Art
poétique, Verlaine parlait des beautés de
la nuance et du flou. Dans un de ses poèmes en prose, Les
Fenêtres, Baudelaire faisait dire à son personnage
que rien n'est plus beau que les nuages qui passent, sans doute
parce qu'étant impalpables et toujours en mouvement, ils
laissent toute sa place au rêve. Bien qu'il ne soit pas
à proprement parler un peintre symboliste, Monet était
parfaitement sensible à cette beauté de l'impalpable.
Dans cette toile tirée de la série des Nymphéas,
Monet a uni en une même image l'eau d'un étang et
le reflet de nuages. La composition n'a rien de symétrique,
aucun ordre trop apparent ne pèse, les bleus et les verts
se fondent sans que le dessin ne s'affirme trop clairement : tous
ces procédés donnent une impression de fluidité
que n'aurait pas reniée Verlaine.
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En réaction au Réalisme qui, depuis le milieu du
XIXe siècle, proclame la primauté de la science et
de l'observation objective, les artistes symbolistes sont attirés
par le domaine de l'invisible, par tout ce qui échappe au
regard de la seule intelligence. Baudelaire le disait dans son poème
Les Fenêtres
: « Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre
ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une
fenêtre fermée. » C'est ce qu'illustre cette
toile d'Odilon Redon, Les yeux clos. Tourné vers son
monde intérieur, le personnage semble s'abstraire du monde
social, de la communauté humaine, pour ne scruter que ses
rêves. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'époque
symboliste fut aussi celle où on s'intéressa le plus
à l'hypnose , comme quoi l'un des spectacles les plus fascinants
qui soient était, jugeait-on, celui d'un être humain
livré à ses songes.
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De la même manière, cette représentation d'Orphée
par le peintre belge Jean Delville montre un héros qui n'a
plus de corps et qui est ramené à son regard clos
et à une lyre, symbole de la musique, l'art le plus immatériel
qui soit. Les teintes dominées par le vert pâle, les
éclats de lumière perlant sur les vagues, la tête
d'Orphée qui se fond dans une lyre, tout cela accentue le
caractère irréel de l'uvre.
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Le goût des Symbolistes pour l'impalpable explique aussi,
sans doute, leur intérêt pour les formes courbes qui
annoncent les arabesques et les formes végétales caractéristiques
de l'Art nouveau. C'est ainsi que Fernand Khnopff, dans ses Fleurs
de rêve, a créé une image faite tout entière
de tiges, de boucles et de formes arrondies. Les couleurs douces,
parfois tamisées par le verre des vases, soulignent le caractère
poétique de la toile. Il est bien entendu que l'emploi de
formes géométriques et de couleurs plus franches aurait
satisfait davantage le sens de l'organisation propre à l'intelligence,
mais cela n'aurait pas autant alimenté l'imagination.
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Dans L'amour des âmes, Jean Delville a peint des
amoureux s'élevant au-dessus de la terre, unis comme l'étaient
Tristan et Isolde à la fin de l'opéra de Wagner. Ces
corps sont pris dans des volutes qui les mènent vers une
sorte d'éther lumineux. Ici, comme souvent chez les Symbolistes,
toute référence sociale ou matérielle est suspendue
au profit d'une conception idéaliste des sentiments humains.
Il est aussi caractéristique que cette vision d'une harmonie
parfaite soit essentiellement exprimée par des formes courbes
et fluides.
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