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L'IMPALPABLE

LesYmphéas (1903) par Claude Monet

Dans son Art poétique, Verlaine parlait des beautés de la nuance et du flou. Dans un de ses poèmes en prose, Les Fenêtres, Baudelaire faisait dire à son personnage que rien n'est plus beau que les nuages qui passent, sans doute parce qu'étant impalpables et toujours en mouvement, ils laissent toute sa place au rêve. Bien qu'il ne soit pas à proprement parler un peintre symboliste, Monet était parfaitement sensible à cette beauté de l'impalpable. Dans cette toile tirée de la série des Nymphéas, Monet a uni en une même image l'eau d'un étang et le reflet de nuages. La composition n'a rien de symétrique, aucun ordre trop apparent ne pèse, les bleus et les verts se fondent sans que le dessin ne s'affirme trop clairement : tous ces procédés donnent une impression de fluidité que n'aurait pas reniée Verlaine.



Les Yeux clos par Odilon Redon

 

En réaction au Réalisme qui, depuis le milieu du XIXe siècle, proclame la primauté de la science et de l'observation objective, les artistes symbolistes sont attirés par le domaine de l'invisible, par tout ce qui échappe au regard de la seule intelligence. Baudelaire le disait dans son poème Les Fenêtres : « Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. » C'est ce qu'illustre cette toile d'Odilon Redon, Les yeux clos. Tourné vers son monde intérieur, le personnage semble s'abstraire du monde social, de la communauté humaine, pour ne scruter que ses rêves. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'époque symboliste fut aussi celle où on s'intéressa le plus à l'hypnose , comme quoi l'un des spectacles les plus fascinants qui soient était, jugeait-on, celui d'un être humain livré à ses songes.



Orphée par Jean Delville

 

De la même manière, cette représentation d'Orphée par le peintre belge Jean Delville montre un héros qui n'a plus de corps et qui est ramené à son regard clos et à une lyre, symbole de la musique, l'art le plus immatériel qui soit. Les teintes dominées par le vert pâle, les éclats de lumière perlant sur les vagues, la tête d'Orphée qui se fond dans une lyre, tout cela accentue le caractère irréel de l'œuvre.

 


Fleurs de rêve par Fernand Khnopff

 

Le goût des Symbolistes pour l'impalpable explique aussi, sans doute, leur intérêt pour les formes courbes qui annoncent les arabesques et les formes végétales caractéristiques de l'Art nouveau. C'est ainsi que Fernand Khnopff, dans ses Fleurs de rêve, a créé une image faite tout entière de tiges, de boucles et de formes arrondies. Les couleurs douces, parfois tamisées par le verre des vases, soulignent le caractère poétique de la toile. Il est bien entendu que l'emploi de formes géométriques et de couleurs plus franches aurait satisfait davantage le sens de l'organisation propre à l'intelligence, mais cela n'aurait pas autant alimenté l'imagination.


L'amour des âmes par Jean Delville


 

Dans L'amour des âmes, Jean Delville a peint des amoureux s'élevant au-dessus de la terre, unis comme l'étaient Tristan et Isolde à la fin de l'opéra de Wagner. Ces corps sont pris dans des volutes qui les mènent vers une sorte d'éther lumineux. Ici, comme souvent chez les Symbolistes, toute référence sociale ou matérielle est suspendue au profit d'une conception idéaliste des sentiments humains. Il est aussi caractéristique que cette vision d'une harmonie parfaite soit essentiellement exprimée par des formes courbes et fluides.


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Symbolisme  ©Jacques Lemaire, 1999-2017