
Prolongeant le rêve de pureté entretenu
par les romantiques, les symbolistes donnent parfois une allure
virginale. Par exemple, dans cette toile, Henri Le Sidaner peint
un groupe de jeunes filles vêtues de blanc. Leurs poses
calmes donnent une impression de parfaite harmonie à la
scène, ce qu'accentuent encore les bosquets de fleurs et,
surtout, une lumière pâle qui adoucit toutes les
teintes. Même le paysage urbain qui compose l'arrière-plan
de la toile participe à l'impression de pureté de
l'ensemble. Enfin, le titre de l'uvre, Le Dimanche,
confirme les intentions du peintre.
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Chez Puvis de Chavannes aussi la femme renvoie à un monde
de sérénité. Dans Maternité,
le peintre a composé une scène idyllique où
à la fois la Mère et la Nature semblent inviter les
deux enfants au bonheur et au repos.
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Ici, cependant, dans cette toile du Viennois Gustav Klimt intitulée
L'Espoir, la maternité n'a plus rien de rassurant.
En effet, la femme enceinte et l'enfant qu'elle porte sont menacés
par des figures déformées incarnant la perversité
et la mort. Toutefois, le regard plein d'assurance de la femme,
sa fierté, sa liberté à l'égard des
tabous sexuels, liberté qu'elle démontre en exhibant
son corps nu, tout cela met en valeur les puissances de la vie.
Il faut d'ailleurs remarquer que l'innocence et la sérénité
qui dominaient les uvres précédentes sont ici
absentes. C'est au contraire la sexualité qui s'affiche ici.
Il est enfin typique de l'art des dernières années
du dix-neuvième siècle et des premières du
vingtième que cette sexualité apparaisse dans un environnement
inquiétant.
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Cette uvre de Klimt, Judith, confirme le caractère
morbide que prend souvent la représentation de la sexualité
au tournant du siècle. Rappelons d'abord que Judith est une
héroïne juive. La Bible dit d'elle qu'elle séduisit
Holopherne, un général ennemi du peuple juif, puis
lui trancha la tête alors qu'il était endormi auprès
d'elle. Chez Klimt, l'agressivité du personnage de Judith
se perçoit d'abord par ses doigts repliés comme des
serres dans les cheveux d'Holopherne. Les bijoux portés aux
poignets et, surtout, les motifs géométriques qui
ressortent de l'arrière-plan pour envahir les personnages
accentuent l'étrange sensualité de cette scène
de mort. Notons enfin les espèces de rubans blancs qui serpentent
le long du corps de Judith : en semblant déchirer la toile,
ces rubans donnent encore plus d'acuité à la représentation
du meurtre.
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Cette toile de Gustave Moreau, L'Apparition, montre une
autre scène biblique. Cette fois-ci, le personnage féminin
est Salomé, celle-là même qui dansa pour son
oncle Hérode et qui demanda en récompense la tête
de Jean Baptiste. Encore ici, donc, la sensualité et le désir
mènent à la mort.
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Cette toile de Lucien Lévy-Dhurmer, Salomé
embrassant la tête de Saint Jean, est inspirée
du même récit biblique que l'uvre qui l'a
précédée dans cette séquence. On
y trouve d'ailleurs la même sensualité mêlée
de perversion que chez Moreau. À ce propos, il faut rappeler
qu'outre Moreau et Lévy-Dhurmer, de nombreux artistes
symbolistes ont travaillé à partir du personnage
de Salomé : des peintres comme Mucha ou l'Allemand Von
Stuck, des écrivains comme Oscar Wilde, Laforgue, Apollinaire
ou Mallarmé (chez Mallarmé, Salomé prend
le nom qui, dans la Bible, est celui de sa mère, Hérodiade),
des musiciens comme Florent Schmitt ou Richard Strauss se sont
tous intéressés à cette figure féminine
à la fois fascinante et perverse. On est bien loin ici
des images rassurantes de la femme retrouvées chez Le
Sidaner et Puvis de Chavannes. Il faut se rappeler, cependant,
que, dans ces uvres-là, la sexualité était
absente.
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