
La plupart des artistes symbolistes avaient le sentiment de
vivre à une époque de décadence et plusieurs,
même, revendiquaient cet état. Il est d'ailleurs
significatif qu'une des revues les plus importantes du mouvement
symboliste s'appelait Le Décadent. C'est sans doute
Huysmans, dans son roman A rebours, qui donna la description
la plus aboutie du raffinement extrême, confinant à
la névrose maniaque, typique de la sensibilité «fin
de siècle». Cette oeuvre de Georges De Feure, Mélancolie,
en mettant en scène une sorte de dandy livré à
l'ennui, illustre fort bien ce qui compose cette sensibilité.
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Cette toile de Fernand Knopff intitulée Une ville morte,
toile inspirée du roman de Georges Rodenbach Bruges-la-morte,
donne un bel aperçu des thèmes décadents. Il
faut bien sûr remarquer le personnage à la beauté
froide mais dure, noyé dans la contemplation d'une couronne
impériale : cette physionomie incarne un être qu'on
peut imaginer comblé de pouvoir et de richesse, mais si cet
être a le regard vide justement parce qu'il n'a plus rien
à désirer. La femme représentée a de
plus les allures d'un de ces androgynes dont l'ambiguïté
fondamentale a fréquemment fasciné les symbolistes.
Enfin, la ville dont on voit quelques maisons en arrière-plan
est la cité flamande de Bruges, l'un des lieux que les symbolistes
associèrent le plus souvent au thème de la décadence.
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Cette autre toile du peintre belge Fernand Khnopff s'intitule
Une ville abandonnée. Bien que la scène peinte
soit imaginaire, elle est nettement inspirée par l'architecture
typique des maisons de Bruges. Rappelons d'ailleurs que Bruges,
à la fin du dix-neuvième siècle, était
presque, en effet, une ville abandonnée et que Rodenbach
parlait d'elle comme Bruges-la-morte. Il faut dire que Bruges avait
été, au Moyen Age, une ville prospère et dynamique,
mais que ses canaux graduellement ensablés, lui coupant l'accès
à la mer, avaient fait d'elle un lieu presque aussi fantomatique
que celui qu'on voit sur cette toile. On comprend dès lors
pourquoi Bruges pouvait si bien symboliser le thème de la
décadence.
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Enfin cette toile, Les Fumeuses d'opium de Gaetano Previati,
illustre quelques-uns des thèmes les plus typiques de la
sensibilité décadente, en particulier la fascination
pour les expériences sensorielles les plus intenses, la fascination
aussi pour les états physiques artificiels, le refus de la
réalité et des lois sociales.
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