La nuit est l'un des univers les plus typiques
du romantisme. Déjà, au milieu du 18e siècle,
Edward Young, l'un des précurseurs anglais du mouvement,
composait ses Night-Thoughts on Life, marquant ainsi qu'à
côté des lumières de la raison d'autres beautés,
plus troubles, pouvaient être révélées.
De fait, si les romantiques sont si fascinés
par la nuit, c'est d'abord parce qu'elle laisse une place privilégiée
au mystère et au rêve. La nuit, les contraintes liées
à la communauté humaine, celles de la société
et du travail, toutes les entraves de la vie ordinaire que les
romantiques jugent si médiocre, tout cela s'efface sous
un lourd voile noir. Les contours flous enveloppent toutes les
choses et, comme dans la série des Nuits
de Musset, ils permettent aux visions les plus irréelles
de s'imposer.
À cet égard, le titre de l'unique
recueil d'Aloysius Bertrand, Gaspard
de la Nuit, est parfaitement représentatif du romantisme:
d'ailleurs, le fantastique qu'on retrouve dans ce livre, avec
ses êtres inquiétants pareils à ceux qui parlent
à l'heure de nos cauchemars, ne peut s'imaginer que sous
le règne des ténèbres.
Chez d'autres poètes, la nuit, plutôt
que de se rapprocher du fantastique
comme chez Musset ou Bertrand, doit être associée
à une symbolique du déclin de la vie humaine. Dès
lors, comme l'automne avant l'hiver, le crépuscule précédant
la nuit représente les derniers feux de l'existence avant
que la mort recouvre tout. C'est ce spectacle que décrit
Hugo dans ses Soleils
couchants; c'est aussi cette beauté immense et
nostalgique que, bien qu'il soit d'une autre génération
que les romantiques, Baudelaire nous fera ressentir dans Recueillement,
l'un de ses plus beaux poèmes.
Terminons en rappelant que, si le thème
de la nuit a été assez peu présent chez les
peintres romantiques (ce qui n'a rien de surprenant tant ces artistes
s'intéressaient aux couleurs), il a au contraire été
au centre des préoccupations de plusieurs musiciens du
début du 19e siècle. Pensons ici aux nocturnes de
Field ou de Chopin, aux Nachstücke de Schumann. Du
côté de l'opéra, la scène de la Vallée
du Loup dans le Freischütz de Weber et, surtout, l'ensemble
du Tristan et Isolde de Wagner montrent parfaitement comme
l'univers nocturne a, chez les romantiques, transcendé
les genres.
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La Nuit
Aloysius Bertrand
Victor Hugo
Alphonse de Lamartine
Alfred de Musset
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