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LA LIBÉRATION DES FORMES LITTÉRAIRES

Le poète par Henry Singleton

Jusqu'à la fin du 18e siècle, l'originalité n'est pas une qualité très prisée chez les poètes et écrivains. De fait, le talent d'un artiste se voit alors à la façon par laquelle il réussit à plier son inspiration aux règles héritées des Anciens et des Académies. Sans doute le poids de la tradition est-il été moins lourd au 18e siècle qu'auparavant, alors que la conformité aux règles était une condition nécessaire pour qu'une œuvre puisse être acceptée des publics les plus exigeants; mais les vieux modèles conservent encore, à l'époque de Voltaire, tout leur prestige, surtout au théâtre où le genre le plus digne de tous, la tragédie, ne peut même pas se concevoir sans alexandrins et sans que les règles d'unités ne soient appliquées.

Avec le romantisme, les règles traditionnelles sont toutes bousculées. L'originalité devient enfin une qualité recherchée chez les meilleurs artistes, ce qui n'a rien de surprenant venant d'un courant littéraire qui met l'expression du Moi au centre de ses préoccupations. Désormais, il s'agit d'être sincère, ce qui implique que l'expression, pour être honnête, ne peut reprendre une forme héritée d'une tradition. Au contraire, il faut, à chaque nouvelle œuvre, inventer la forme qui rend le plus justement et le plus directement possible le sentiment à exprimer.

C'est ainsi que le drame romantique prend désormais la place de la tragédie à l'antique. Cela ne se fait pas sans heurt - rappelons-nous la première d'Hernani où les Anciens et les Modernes s'affrontaient à coups de poing -, mais la nouveauté finit par s'imposer partout. C'est ainsi que les règles d'unité sont mises de côté, ce qui favorise davantage de variété. Désormais, même le théâtre sérieux est de plus en plus souvent composé en prose, et le vocabulaire y a parfois une crudité et une violence (cf le Lorenzaccio de Musset) que les tragédiens des siècles passés auraient considéré tout à fait contraires à l'art.

Ce n'est pas non plus un hasard si l'un des genres littéraires les plus appréciés des romantiques ait été le roman: les classiques le méprisaient, mais des poètes comme Hugo (cf. Les Misérables, Notre-Dame de Paris, Quatre-Vingt-Treize), Théophile Gautier (Mademoiselle de Maupin, Le Capitaine Fracasse), Lamartine (Graziella), sans compter des romanciers purs tels Balzac (Le Lys dans la vallée et La Peau de chagrin sont sans nul doute des récits romantiques) ou Stendhal (Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme) ont pu, grâce à son absence de contraintes, laisser libre cours à leur imagination et rejoindre ainsi un public infiniment plus vaste que ce que les formes parfaites mais figées des siècles précédents permettaient de faire.

La liberté propre au romantisme s'est aussi manifestée en poésie. Une œuvre comme Les Djinns de Victor Hugo ou un texte fantaisiste comme la Ballade à la lune de Musset démontre bien la volonté de ces auteurs d'agrandir le territoire du poétique. Mais l'une des plus originales et des plus belles expériences tentées par un romantique a failli passer inaperçue, seuls quelques écrivains tels Hugo, Nodier et, une génération plus tard, Baudelaire en ayant remarquer l'intérêt. Nous voulons parler ici du Gaspard de la nuit, ce magnifique recueil où Aloysius Bertrand a pratiquement inventé à lui seul (ne négligeons quand même pas les apports de Chateaubriand et de Sénancourt) le poème en prose. Désormais, la poésie aura de moins en moins à faire avec des questions de versification et de plus en plus avec, tout simplement, la qualité magique de l'inspiration.


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