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LE FANTASTIQUE

L'Incantation par Francisco de Goya

Tout au long du 18e siècle, l'empire de la raison s'est étendu: le poids des préjugés est devenu moins lourd, les superstitions ont perdu de leur crédit et l'idée même de l'existence de Dieu a pu être largement débattue. Pourtant, il est clair que, malgré les progrès de la pensée rationnelle, le désir que le monde soit davantage que ce que nos sens en perçoivent n'est pas mort. Si les romantiques n'ont plus foi aux miracles, il reste qu'ils aimeraient encore y croire.

De fait, dès la fin du 18e siècle, les romans noirs de Lewis, de Radcliffe et de Maturin mettent en scène des châteaux hantés, des revenants et des malédictions démoniaques, étendant ainsi la littérature à de nouveaux territoires. Les romantiques allemands, eux, ont l'intuition d'un autre monde, caché à la plupart des humains, mais que les poètes ont charge d'explorer: Novalis, entre autres, sent que l'artiste doit être un visionnaire, et cette pensée se propage en France jusqu'à Hugo, jusqu'à Nerval et, plus tard, en passant par Baudelaire, jusqu'aux symbolistes.

Les formes prises, chez les romantiques français, par le fantastique sont, bien entendu, diverses. Chez Bertrand, par exemple, Gaspard de la Nuit, Ondine ou Scarbo sont redevables aux créatures mi-humaines mi-divines des contes populaires, alors que Nerval, dans ses Chimères, exploite plutôt une veine savante, ésotérique, où les traditions héritées des mythologies grecques et égyptiennes se mêlent à la Kabbale et aux rêveries que le poète tire des circonstances de sa propre existence. Rappelons à ce sujet que, pour Nerval, le rêve est une autre vie, aussi réelle que l'autre, et que la folie elle-même n'est peut-être pas une faiblesse, mais un mode de connaissance permettant de mieux voir, de mieux déchiffrer les événements du monde. Avec Hugo, dans À propos de la bouche d'ombre, le fantastique rejoint l'occultisme mais ailleurs, notamment dans la Fée et la Péri, les Djinns ou la Conscience, le poète se sert du surnaturel pour hausser son œuvre au niveau de la légende. Musset, enfin, s'approche du fantastique en accordant un caractère hallucinatoire à Vision et à quelques-unes de ses Nuits.

On le voit, le fantastique n'est pas, chez les romantiques, un genre littéraire aux frontières bien définies: au contraire, il s'insinue partout, ce qui n'a rien d'étonnant puisque élargir ses expériences littéraires ou humaines, ce que permet le genre fantastique, fait partie, pour les artistes du début du 19e siècle comme pour ceux de notre temps d'ailleurs, de la vocation de tout véritable créateur.

Le fantastique

Aloysius Bertrand


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