Tout au long du 18e siècle, l'empire de
la raison s'est étendu: le poids des préjugés
est devenu moins lourd, les superstitions ont perdu de leur crédit
et l'idée même de l'existence de Dieu a pu être
largement débattue. Pourtant, il est clair que, malgré
les progrès de la pensée rationnelle, le désir
que le monde soit davantage que ce que nos sens en perçoivent
n'est pas mort. Si les romantiques n'ont plus foi aux miracles,
il reste qu'ils aimeraient encore y croire.
De fait, dès la fin du 18e siècle,
les romans noirs de Lewis, de Radcliffe et de Maturin mettent
en scène des châteaux hantés, des revenants
et des malédictions démoniaques, étendant
ainsi la littérature à de nouveaux territoires.
Les romantiques allemands, eux, ont l'intuition d'un autre monde,
caché à la plupart des humains, mais que les poètes
ont charge d'explorer: Novalis, entre autres, sent que l'artiste
doit être un visionnaire, et cette pensée se propage
en France jusqu'à Hugo,
jusqu'à Nerval et,
plus tard, en passant par Baudelaire,
jusqu'aux symbolistes.
Les formes prises, chez les romantiques français,
par le fantastique sont, bien entendu, diverses. Chez Bertrand,
par exemple, Gaspard
de la Nuit, Ondine
ou Scarbo
sont redevables aux créatures mi-humaines mi-divines des
contes populaires, alors que Nerval, dans ses Chimères,
exploite plutôt une veine savante, ésotérique,
où les traditions héritées des mythologies
grecques et égyptiennes se mêlent à la Kabbale
et aux rêveries que le poète tire des circonstances
de sa propre existence. Rappelons à ce sujet que, pour
Nerval, le rêve est une autre vie, aussi réelle que
l'autre, et que la folie elle-même n'est peut-être
pas une faiblesse, mais un mode de connaissance permettant de
mieux voir, de mieux déchiffrer les événements
du monde. Avec Hugo, dans À propos de la bouche d'ombre,
le fantastique rejoint l'occultisme mais ailleurs, notamment dans
la Fée et
la Péri, les Djinns
ou la Conscience,
le poète se sert du surnaturel pour hausser son uvre
au niveau de la légende. Musset, enfin, s'approche du fantastique
en accordant un caractère hallucinatoire à Vision
et à quelques-unes de ses Nuits.
On le voit, le fantastique n'est pas, chez les
romantiques, un genre littéraire aux frontières
bien définies: au contraire, il s'insinue partout, ce qui
n'a rien d'étonnant puisque élargir ses expériences
littéraires ou humaines, ce que permet le genre fantastique,
fait partie, pour les artistes du début du 19e siècle
comme pour ceux de notre temps d'ailleurs, de la vocation de tout
véritable créateur.
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Le fantastique
Aloysius Bertrand
Théophile Gautier
Victor Hugo
Alfred de Musset
Gérard de Nerval
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