Longtemps, les romantiques français ont
peu parlé de politique dans leurs uvres, tout à
fait comme si le sujet n'était pas digne de leur art. Il
est vrai que la chute de Napoléon, le conservatisme propre
à la Restauration, puis la révolution ratée
de 1830 avaient accentué le désenchantement de la
jeunesse de l'époque; c'est donc dire que le contexte historique
avait eu un effet important sur le mouvement romantique, mais
cela ne se traduisait qu'assez peu par des prises de position
explicites. De fait, si le romantisme fut, en Pologne, en Allemagne,
en Hongrie, en Italie, directement associé à des
questions politiques, c'est que, là, des luttes nationales
devaient être menées. En France, il n'y avait pas
d'indépendance à gagner. Par ailleurs, les artistes,
souvent issus de classes sociales aisées, ne s'intéressaient
que de loin aux luttes ouvrières.
Toutefois, si la plupart des romantiques français
sont restés indifférents aux débats politiques,
les cas de Hugo et de Lamartine doivent être exclus de ce
portrait d'ensemble. Hugo s'est en effet préoccupé
du sort de la Grèce
et de celui de la Pologne,
alors que, pour la France, ses sympathies ont longtemps été,
et cela malgré sa nostalgie pour Napoléon, du côté
de la monarchie régnante. Lamartine, lui, est devenu maire
de Mâcon dès 1812, et son engagement social a été
de plus en plus vif à partir de 1837. En 1848, pendant
une période particulièrement mouvementée
de l'histoire française, Lamartine a même été
ministre des affaires étrangères, avant d'être
battu par le futur Napoléon III aux élections de
décembre.
De 1848 jusqu'à sa mort en 1869, Lamartine
s'est tenu loin des affaires publiques; les politiques du nouvel
empereur ne pouvaient pas lui plaire mais, ruiné, le poète
n'avait plus les moyens de faire entendre ses convictions. Hugo,
tout au contraire, allait faire valoir, du fond de son exil à
Jersey, la profondeur de son mépris pour Napoléon
III.
Ce n'est donc qu'après 1848, alors que le
mouvement a depuis longtemps donné ce qu'il avait de meilleur,
que l'engagement politique est devenu un thème majeur du
romantisme, et encore est-ce surtout chez Hugo que les préoccupations
sociales se sont exprimées avec vigueur. Mais des poèmes
comme Souvenir
de la nuit du quatre et des recueils comme Les
châtiments ou L'année
terrible comptent parmi les uvres les plus puissantes
et les plus dignes de toute la poésie française,
ce qui rachète amplement l'intérêt tardif
que les romantiques français, longtemps pris par leurs
rêveries, ont eu pour les affaires de ce monde.
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L'engagement politique
Desbordes-Valmore
Victor Hugo
Alphonse de Lamartine
Alfred de Vigny
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