Ces poèmes, pour la plupart composés à Paris ou à Roche entre les mois
de mai et d'août 1872, révèlent de toutes autres motivations que celles qui, en
1872, s'étaient exprimées dans Le Bateau ivre
et La Lettre du Voyant. Maintenant, Rimbaud
ne se tourne plus vers l'action. Il n'exprime plus ce goût du mouvement, de la
transgression menant à l'inconnu qui, jadis, lui avait semblé représenter
la clef d'une nouvelle poésie.
Rimbaud contemple
désormais l'Éternité. Dans Larme
où il boit l'eau de la jeune Oise; dans La Rivière
de Cassis où il visite les donjons de châteaux en ruines, seul avec la
voix de cent corbeaux; dans ses Fêtes de la patience,
l'être du poète se fond toujours et encore dans la Nature et si, souvent, Rimbaud
a imité Prométhée, ici, dans ses Chansons, il semble ne plus avoir de
désir, de volonté ou même de Moi. Seul lui demeure un immense
détachement, comme il en témoigne dans Bannières
de Mai, où il écrit ces mots pleins d'abandon: «À
toi, Nature, je me rends.» Ce n'est pas en vain s'il veut donner, aux
poésies qu'il compose à l'époque, le titre d'Études néantes; sa conscience,
à force de se dissoudre dans la beauté de l'univers, fait effectivement l'expérience
de l'absence. Ces poèmes de l'impalpable
sont sans doute redevables de ce que l'art de Verlaine présente de plus pur: les
rythmes impairs, les silences, les esquisses qui suggèrent sans décrire. Mais
au-delà des influences littéraires, c'est surtout une même paix que partagent,
et cela malgré les orages de la vie réelle, les poèmes que Verlaine et Rimbaud
ont composés pendant l'été de 1872. |