Suggestion
de l'aube, utopies urbaines, cascade
d'images rousses, les Illuminations annoncent les expériences les
plus audacieuses du 20e siècle, notamment l'écriture automatique des Surréalistes.
Selon la préface que Verlaine fit du recueil, les diverses pièces de l'ensemble
auraient été composées entre 1873 et 1875, mais la fascination de Rimbaud pour
les poèmes en prose remonterait à 1870, lorsqu'il prit connaissance du Spleen
de Paris de Baudelaire. À l'époque, d'ailleurs, le milieu parisien des gens
de lettres s'intéressait vivement à ce genre d'expériences, comme en témoignent
quelques uvres de Verlaine et de Charles Cros. La quarantaine
de Gravures
coloriées qui composent les Illuminations ne constituent
pas un manuscrit organisé par Rimbaud, mais bien une série d'uvres diverses,
écrites sans que leur auteur ait voulu en faire un tout. Dès lors, l'ordre dans
lequel ces textes sont présentés ne dépendent que d'une tradition, dont le caractère
arbitraire ne doit pas nous échapper, et non pas de la volonté du poète.
C'est dans le numéro de mai-juin 1886 de La Vogue que, grâce à Gustave
Kahn et Félix Fénéon, les Illuminations furent publiées pour la première
fois, à l'exception toutefois de cinq poèmes (Fairy, Guerre,
Jeunesse, Solde et Génie)
qui ne parurent qu'en 1895, pour l'édition Vanier des uvres complètes
de Rimbaud. |