II
C'est elle, la petite morte, derrière les
rosiers. -La jeune maman trépassée descend le perron. La calèche du cousin crie sur le
sable. - Le petit frère - (il est aux Indes !) là, devant le couchant, sur le pré
d'illets. -Les vieux qu'on a enterrés tout droits dans le rempart aux giroflées.
L'essaim des feuilles d'or entoure la maison du
général. Ils sont dans le midi. - On suit la route rouge pour arriver à l'auberge vide.
Le château est à vendre ; les persiennes sont détachées. - Le curé aura emporté la
clef de l'église. -Autour du parc, les loges des gardes sont inhabitées. Les palissades
sont si hautes qu'on ne voit que les cimes bruissantes. D'ailleurs il n'y a rien à voir
là-dedans.
Les prés remontent aux hameaux sans coqs, sans
enclumes. L'écluse est levée. ô les calvaires et les moulins du désert, les îles et
les meules !
Des fleurs magiques bourdonnaient. Les talus le
berçaient. Des bêtes d'une élégance fabuleuse circulaient. Les nuées s'amassaient sur
la haute mer faite d'une éternité de chaudes larmes.
III
Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête
et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui
monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis
ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en
costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui
vous chasse.
IV
Je suis le saint, en prière sur la terrasse,
comme les bêtes pacifiques paissent jusqu'à la mer de Palestine.
Je suis le savant au fauteuil sombre. Les
branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.
Je suis le piéton de la grand'route par les bois
nains la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive
d'or du couchant.
Je serais bien l'enfant abandonné sur la jetée
partie à la haute mer, le petit valet suivant l'allée dont le front touche le ciel.
Les sentiers sont âpres. Les monticules se
couvrent de genêts. L'air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne
peut être que la fin du monde, en avançant.
V
Qu'on me loue enfin ce tombeau, blanchi à la chaux
avec les lignes du ciment en relief, -très loin sous terre.
Je m'accoude à la table, la lampe éclaire
très vivement ces journaux que je suis idiot de relire, ces livres sans intérêt. -
À une distance énorme au-dessus de mon salon
souterrain, les maisons s'implantent, les brumes s'assemblent. La boue est rouge ou noire.
Ville monstrueuse, nuit sans fin!
Moins haut, sont des égouts. Aux côtés, rien
que l'épaisseur du globe. Peut-être les gouffres d'azur, des puits de feu. C'est
peut-être sur ces plans que se rencontrent lunes et comètes, mers et fables.
Aux heures d'amertume, je m'imagine des boules de
saphir, de métal. Je suis maître du silence. Pourquoi une apparence de soupirail
blêmirait-elle au coin de la voûte ?
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