Ce ruisseau, dont l'onde tremblante Réfléchit la clarté des cieux,
Paraît dans sa course brillante Étinceler de mille feux; Tandis qu'au
fond du lit paisible, Où, par une pente insensible, Lentement s'écoulent
ses flots, Il entraîne une fange impure Qui d'amertume et de souillure
Partout empoisonne ses eaux. De même un passager délire,
Un éclair rapide et joyeux Entrouvre ma bouche au sourire, Et la gaîté
brille en mes yeux; Cependant mon âme est de glace, Et rien n'effacera
la trace Des malheurs qui m'ont terrassé. En vain passera ma jeunesse,
Toujours l'importune tristesse Gonflera mon cur oppressé. Car
il est un nuage sombre, Un souvenir mouillé de pleurs, Qui m'accable et
répand son ombre Sur mes plaisirs et mes douleurs. Dans ma profonde indifférence,
De la joie ou de la souffrance L'aiguillon ne peut m'émouvoir; Les
biens que le vulgaire envie Peut-être embelliront ma vie, Mais rien ne
me rendra l'espoir. Du tronc à demi détachée Par le
souffle des noirs autans, Lorsque la branche desséchée Revoit les beaux
jours du printemps, Si parfois un rayon mobile, Errant sur sa tête stérile,
Vient brillanter ses rameaux nus, Elle sourit à la lumière; Mais la
verdure printanière Sur son front ne renaîtra plus. |