| Quand
la lune blanche S'accroche à la branche Pour voir Si quelque
feu rouge Dans l'horizon bouge Le soir, Fol alors
qui livre A la nuit son livre Savant, Son pied aux collines, Et
ses mandolines Au vent; Fol qui dit un conte, Car
minuit qui compte Le temps, Passe avec le Prince Des sabbats et grinces
Des dents. L'amant qui compare Quelque beauté
rare Au jour, Tire une ballade De son cur malade D'amour.
Mais voici dans l'ombre Qu'une ronde sombre Se
fait, L'enfer autour danse, Tous dans un silence Parfait. Tout
pendu de Grève, Tout Juif mort soulève Son front, Tous noyés des havres
Pressent leurs cadavres En rond. Et les âmes feues
Joignent leurs mains bleues Sans os; Lui, tranquille, chante D'une
voix touchante Ses maux. Mais lorsque sa harpe, Où
flotte une écharpe, Se tait, Il veut fuir. La danse L'entoure en silence
Parfait. Le cercle l'embrasse, Son pied s'entrelace
Aux morts, Sa tête se brise Sur la terre grise ! Alors La
ronde contente, En ris éclatante, Le prend; Tout mort sans rancune
Trouve au clair de lune Son rang. Et la lune blanche
S'accroche à la branche Pour voir Si quelque feu rouge Dans l'horizon
bouge Le soir. 1827 ou 1828 |