Puisque
j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine,
Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli, Puisque
j'ai respiré parfois la douce haleine De ton âme, parfum dans
l'ombre enseveli, Puisqu'il me fut donné de t'entendre
me dire Les mots où se répand le cur mystérieux,
Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire Ta bouche sur ma bouche
et tes yeux sur mes yeux ; Puisque j'ai vu briller sur
ma tête ravie Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours,
Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie Une feuille de rose arrachée
à tes jours, Je puis maintenant dire aux rapides
années : Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ; J'ai dans l'âme
une fleur que nul ne peut cueillir ! Votre aile en le
heurtant ne fera rien répandre Du vase où je m'abreuve et que
j'ai bien rempli. Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !
Mon cur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli ! 1er
janvier 1835. Minuit et demi. |
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