IIl
neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l'aigle baissait la tête. Sombres
jours ! l'empereur revenait lentement, Laissant derrière lui brûler
Moscou fumant. Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche. Après
la plaine blanche une autre plaine blanche. On ne connaissait plus les chefs
ni le drapeau. Hier la grande armée, et maintenant troupeau. On
ne distinguait plus les ailes ni le centre. Il neigeait. Les blessés
s'abritaient dans le ventre Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés, Restés
debout, en selle et muets, blancs de givre, Collant leur bouche en pierre
aux trompettes de cuivre. Boulets, mitraille, obus, mêlés aux
flocons blancs, Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d'être tremblants,
Marchaient, pensifs, la glace à leur moustache grise. Il neigeait,
il neigeait toujours ! La froide bise Sifflait ; sur le verglas, dans des
lieux inconnus, On n'avait pas de pain et l'on allait pieds nus. Ce n'étaient
plus des curs vivants, des gens de guerre,
C'était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d'ombres sur le ciel
noir. La solitude, vaste, épouvantable à voir, Partout apparaissait,
muette vengeresse. Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul ; Et, chacun se sentant
mourir, on était seul. - Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ?
Deux ennemis ! Le czar, le nord. Le nord est pire. On jetait les canons
pour brûler les affûts. Qui se couchait, mourait. Groupe morne
et confus, Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige, Voir que des régiments
s'étaient endormis là. O chûtes d'Annibal ! lendemains
d'Attila ! Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s'écrasait aux ponts pour passer les rivières, On s'endormait
dix mille, on se réveillait cent. Ney, que suivait naguère une
armée, à présent S'évadait, disputant sa montre
à trois cosaques. Toutes les nuits, qui-vive ! alerte ! assauts ! attaques
! Ces fantômes prenaient leur fusil, et sur eux Ils voyaient se
ruer, effrayants, ténébreux, Avec des cris pareils aux voix
des vautours chauves, D'horribles escadrons, tourbillons d'hommes fauves.
Toute une armée ainsi dans la nuit se perdait. L'empereur était
là, debout, qui regardait. Il était comme un arbre en proie
à la cognée. Sur ce géant, grandeur jusqu'alors épargnée,
Le malheur, bûcheron sinistre, était monté ; Et lui,
chêne vivant, par la hache insulté, Tressaillant sous le spectre
aux lugubres revanches, Il regardait tomber autour de lui ses branches. Chefs,
soldats, tous mouraient. Chacun avait son tour. Tandis qu'environnant sa tente
avec amour, Voyant son ombre aller et venir sur la toile, Ceux qui restaient,
croyant toujours à son étoile, Accusaient le destin de lèse-majesté,
Lui se sentit soudain dans l'âme épouvanté. Stupéfait
du désastre et ne sachant que croire, L'empereur se tourna vers Dieu
; l'homme de gloire Trembla ; Napoléon comprit qu'il expiait Quelque
chose peut-être, et, livide, inquiet, Devant ses légions sur
la neige semées: - Est-ce le châtiment, dit-il, Dieu des armées
? - Alors il s'entendit appeler par son nom Et quelqu'un qui parlait dans
l'ombre lui dit : Non. II Waterloo
! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine ! Comme une onde qui bout dans une urne
trop pleine, Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons, La pâle
mort mêlait les sombres bataillons. D'un côté c'est l'Europe
et de l'autre la France. Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l'espérance
; Tu désertais, victoire, et le sort était las. O Waterloo
! je pleure et je m'arrête, hélas ! Car ces derniers soldats
de la dernière guerre Furent grands ; ils avaient vaincu toute la terre,
Chassé vingt rois, passé les Alpes et le Rhin, Et leur âme
chantait dans les clairons d'airain ! Le soir tombait
; la lutte était ardente et noire. Il avait l'offensive et presque
la victoire ; Il tenait Wellington acculé sur un bois. Sa lunette
à la main il observait parfois Le centre du combat, point obscur où
tressaille La mêlée, effroyable et vivante broussaille, Et
parfois l'horizon, sombre comme la mer. Soudain, joyeux, il dit : Grouchy
! - C'était Blücher ! L'espoir changea de camp, le combat changea
d'âme, La mêlée en hurlant grandit comme une flamme. La
batterie anglaise écrasa nos carrés. La plaine où frissonnaient
nos drapeaux déchirés Ne fut plus, dans les cris des mourants
qu'on égorge, Qu'un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ; Gouffre
où les régiments, comme des pans de murs, Tombaient, ou se couchaient
comme des épis mûrs Les hauts tambours-majors aux panaches énormes,
Où l'on entrevoyait des blessures difformes ! Carnage affreux !
moment fatal ! L'homme inquiet Sentit que la bataille entre ses mains pliait.
Derrière un mamelon la garde était massée, La garde,
espoir suprême et suprême pensée ! - Allons ! faites donner
la garde, cria-t-il ! - Et lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires, Cuirassiers,
canonniers qui traînaient des tonnerres, Portant le noir colback ou
le casque poli, Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli, Comprenant
qu'ils allaient mourir dans cette fête, Saluèrent leur dieu,
debout dans la tempête. Leur bouche, d'un seul cri, dit : vive l'empereur
! Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur, Tranquille,
souriant à la mitraille anglaise, La garde impériale entra dans
la fournaise. Hélas ! Napoléon, sur sa garde penché,
Regardait ; et, sitôt qu'ils avaient débouché Sous
les sombres canons crachant des jets de soufre, Voyait, l'un après
l'autre, en cet horrible gouffre, Fondre ces régiments de granit et
d'acier, Comme fond une cire au souffle d'un brasier. Ils allaient, l'arme
au bras, front haut, graves, stoïques, Pas un ne recula. Dormez, morts
héroïques ! Le reste de l'armée hésitait sur leurs
corps Et regardait mourir la garde. - C'est alors Qu'élevant tout
à coup sa voix désespérée, La Déroute,
géante à la face effarée, Qui, pâle, épouvantant
les plus fiers bataillons, Changeant subitement les drapeaux en haillons,
A de certains moments, spectre fait de fumées, Se lève grandissante
au milieu des armées, La Déroute apparut au soldat qui s'émeut,
Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut ! Sauve qui peut ! affront
! horreur ! toutes les bouches Criaient ; à travers champs, fous, éperdus,
farouches, Comme si quelque souffle avait passé sur eux, Parmi
les lourds caissons et les fourgons poudreux, Roulant dans les fossés,
se cachant dans les seigles, Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les ailes,
Sous les sabres prussiens, ces vétérans, ô deuil ! Tremblaient,
hurlaient, pleuraient, couraient. - En un clin d'oeil, Comme s'envole au vent
une paille enflammée, S'évanouit ce bruit qui fut la grande
armée, Et cette plaine, hélas, où l'on rêve aujourd'hui,
Vit fuir ceux devant qui l'univers avait fui ! Quarante ans sont passés,
et ce coin de la terre, Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire,
Ce champ sinistre où Dieu mêla tant de néants, Tremble
encor d'avoir vu la fuite des géants ! Napoléon
les vit s'écouler comme un fleuve ; Hommes, chevaux, tambours, drapeaux
; et dans l'épreuve Sentant confusément revenir son remords,
Levant les mains au ciel, il dit : - Mes soldats morts, Moi vaincu ! mon
empire est brisé comme verre. Est-ce le châtiment cette fois,
Dieu sévère ? Alors parmi les cris, les rumeurs, le canon, II
entendait la voix qui lui répondait : Non ! III
Il croula. Dieu changea la chaîne de l'Europe. Il
est au fond des mers que la brume enveloppe, Un roc hideux, débris
des antiques volcans. Le Destin prit des clous, un marteau, des carcans, Saisit,
pâle et vivant, ce voleur du tonnerre, Et, joyeux, s'en alla sur le
pic centenaire Le clouer, excitant par son rire moqueur Le vautour Angleterre
à lui ronger le cur. Évanouissement
d'une splendeur immense ! Du soleil qui se lève à la nuit qui
commence, Toujours l'isolement, l'abandon, la prison ; Un soldat rouge
au seuil, la mer à l'horizon. Des rochers nus, des bois affreux, l'ennui,
l'espace, Des voiles s'enfuyant comme l'espoir qui passe, Toujours le
bruit des flots, toujours le bruit des vents ! Adieu, tente de pourpre aux
panaches mouvants, Adieu, le cheval blanc que César éperonne
! Plus de tambours battant aux champs, plus de couronne, Plus de rois
prosternés dans l'ombre avec terreur, Plus de manteau traînant
sur eux, plus d'empereur ! Napoléon était retombé Bonaparte.
Comme un romain blessé par la flèche du parthe, Saignant,
morne, il songeait à Moscou qui brûla. Un caporal anglais lui
disait : halte-là ! Son fils aux mains des rois, sa femme au bras d'un
autre ! Plus vil que le pourceau qui dans l'égout se vautre, Son
sénat, qui l'avait adoré, l'insultait. Au bord des mers, à
l'heure où la bise se tait, Sur les escarpements croulant en noirs
décombres, Il marchait, seul, rêveur, captif des vagues sombres.
Sur les monts, sur les flots, sur les cieux, triste et fier, L'il
encore ébloui des batailles d'hier, Il laissait sa pensée errer
à l'aventure. Grandeur, gloire, ô néant ! calme de la
nature ! Les aigles qui passaient ne le connaissaient pas. Les rois, ses
guichetiers, avaient pris un compas Et l'avaient enfermé dans un cercle
inflexible. Il expirait. La mort de plus en plus visible Se levait dans
sa nuit et croissait à ses yeux, Comme le froid matin d'un jour mystérieux.
Son âme palpitait, déjà presque échappée.
Un jour enfin il mit sur son lit son épée, Et se coucha
près d'elle, et dit : c'est aujourd'hui ! On jeta le manteau de Marengo
sur lui. Ses batailles du Nil, du Danube, du Tibre, Se penchaient sur
son front ; il dit : Me voici libre ! Je suis vainqueur ! je vois mes aigles
accourir ! Et, comme il retournait sa tête pour mourir, Il aperçut,
un pied dans la maison déserte, Hudson Lowe guettant par la porte entrouverte.
Alors, géant broyé sous le talon des rois, Il cria : La
mesure est comble cette fois ! Seigneur ! c'est maintenant fini ! Dieu que
j'implore, Vous m'avez châtié ! - La voix dit : - Pas encore
! IV O noirs événements,
vous fuyez dans la nuit ! L'empereur mort tomba sur l'empire détruit.
Napoléon alla s'endormir sous le saule. Et les peuples alors, de
l'un à l'autre pôle, Oubliant le tyran, s'éprirent du
héros, Les poètes, marquant au front les rois bourreaux, Consolèrent,
pensifs, cette gloire abattue. A la colonne veuve on rendit sa statue. Quand
on levait les yeux, on le voyait debout Au-dessus de Paris, serein, dominant
tout, Seul, le jour dans l'azur et la nuit dans les astres. Panthéons,
on grava son nom sur vos pilastres ! On ne regarda plus qu'un seul côté
des temps ; On ne se souvint plus que des jours éclatants ; Cet
homme étrange avait comme enivré l'histoire ; La justice à
l'il froid disparut sous sa gloire, On ne vit plus qu'Essling, Ulm,
Arcole, Austerlitz ; Comme dans les tombeaux des romains abolis, On se
mit à fouiller dans ces grandes années ; Et vous applaudissiez,
nations inclinées, Chaque fois qu'on tirait de ce sol souverain Ou
le consul de marbre ou l'empereur d'airain ! V Le
nom grandit quand l'homme tombe; Jamais rien de tel n'avait lui. Calme,
il écoutait dans sa tombe La terre qui parlait de lui. La
terre disait : « - La victoire A suivi cet homme en tous lieux. Jamais
tu n'as vu, sombre histoire, Un passant plus prodigieux ! «
Gloire au maître qui dort sous l'herbe ! Gloire à ce grand audacieux
! Nous l'avons vu gravir, superbe, Les premiers échelons des cieux
! « Il envoyait, âme acharnée, Prenant
Moscou, prenant Madrid, Lutter contre la destinée Tous les rêves
de son esprit. « A chaque instant, rentrant en lice, Cet
homme aux gigantesques pas Proposait quelque grand caprice A Dieu, qui
n'y consentait pas. « II n'était presque plus un
homme. Il disait grave et rayonnant, En regardant fixement Rome C'est
moi qui règne maintenant ! « Il voulait, héros
et symbole, Pontife et roi, phare et volcan, Faire du Louvre un Capitole
Et de Saint-Cloud un Vatican. « César, il eût
dit à Pompée Sois fier d'être mon lieutenant ! On
voyait luire son épée Au fond d'un nuage tonnant. «
Il voulait, dans les frénésies De ses vastes ambitions, Faire
devant ses fantaisies Agenouiller les nations, « Ainsi
qu'en une urne profonde, Mêler races, langues, esprits, Répandre
Paris sur le monde, Enfermer le monde en Paris ! «
Comme Cyrus dans Babylone, Il voulait, sous sa large main, Ne faire du
monde qu'un trône Et qu'un peuple du genre humain, «
Et bâtir, malgré les huées, Un tel empire sous son nom,
Que Jéhovah dans les nuées Fût jaloux de Napoléon
! »VI Enfin, mort triomphant,
il vit sa délivrance Et l'océan rendit son cercueil à
la France. L'homme, depuis douze ans, sous le dôme
doré Reposait, par l'exil et par la mort sacré, On se le
figurait, couronne au front, dans l'ombre, En paix ! - Quand on passait près
du monument sombre Dans son manteau semé d'abeilles d'or, muet, Couché
sous cette voûte où rien ne remuait, Lui, l'homme qui trouvait
la terre trop étroite, Le sceptre en sa main gauche, et l'épée
en sa droite, A ses pieds son grand aigle ouvrant l'oeil à demi, Et
l'on disait : C'est là qu'est César endormi ! Laissant
dans la clarté marcher l'immense ville, Il dormait ; il dormait confiant
et tranquille. VII Une nuit, -
c'est toujours la nuit dans le tombeau, - Il s'éveilla. Luisant comme
un hideux flambeau, D'étranges visions emplissaient sa paupière
; Des rires éclataient sous son plafond de pierre ; Livide, il
se dressa ; la vision grandit ; O terreur ! une voix qu'il reconnut lui dit
:- Réveille-toi. Moscou, Waterloo, Sainte-Hélène,
L'exil, les rois geôliers, l'Angleterre hautaine Sur ton lit accoudée
à ton dernier moment, Sire, cela n'est rien. Voici le châtiment
:La voix alors devint âpre, amère, stridente,
Comme le noir sarcasme et l'ironie ardente; C'était le rire amer
mordant un demi-dieu. - Sire ! on t'a retiré de
ton Panthéon bleu ! Sire ! on t'a descendu de ta haute colonne ! Regarde:
des brigands, dont l'essaim tourbillonne, D'affreux bohémiens, des
vainqueurs de charnier Te tiennent dans leurs mains et t'ont fait prisonnier.
A ton orteil d'airain leur patte infâme touche. Ils t'ont pris. Tu mourus,
comme un astre se couche. Napoléon-le-Grand, empereur; tu renais Bonaparte,
écuyer du cirque Beauharnais. Te voilà dans leurs rangs, on
t'a, l'on te harnache. Ils t'appellent tout haut grand homme, entre eux, ganache
Ils traînent sur Paris, qui les voit s'étaler, Des sabres
qu'au besoin ils sauraient avaler. Aux passants attroupés devant leur
habitacle, Ils disent, entends-les: - Empire à grand spectacle ! Le
pape est engagé dans la troupe; c'est bien, Nous avons mieux; le czar
en est; mais ce n'est rien, Le czar n'est qu'un sergent, le pape n'est qu'un
bonze. Nous avons avec nous le bonhomme de bronze ! Nous sommes les neveux
du grand Napoléon ! Et Fould, Magnan, Rouher, Parieu caméléon,
Font rage. Ils vont montrant un sénat d'automates. Ils ont pris
de la paille au fond des casemates Pour empailler ton aigle, ô vainqueur
d'Iéna ! Il est là, mort, gisant, lui qui si haut plana, Et
du champ de bataille il tombe au champ de foire. Sire, de ton vieux trône
ils recousent la moire. Ayant dévalisé la France au coin d'un
bois, Ils ont à leurs haillons du sang, comme tu vois, Et dans
son bénitier Sibour lave leur linge. Toi, lion, tu les suis; leur maître,
c'est le singe. Ton nom leur sert de lit, Napoléon premier. On
voit sur Austerlitz un peu de leur fumier. Ta gloire est un gros vin dont
leur honte se grise; Cartouche essaie et met ta redingote grise; On quête
des liards dans le petit chapeau; Pour tapis sur la table ils ont mis ton
drapeau; A cette table immonde où le grec devient riche, Avec le
paysan on boit, on joue, on triche. Tu te mêles, compère, à
ce tripot hardi, Et ta main qui tenait l'étendard de Lodi, Cette
main qui portait la foudre, ô Bonaparte, Aide à piper les dés
et fait sauter la carte. Ils te forcent à boire avec eux, et Carlier
Pousse amicalement d'un coude familier Votre majesté, sire, et
Piétri dans son antre Vous tutoie, et Maupas vous tape sur le ventre.
Faussaires, meurtriers, escrocs, forbans, voleurs, Ils savent qu'ils auront,
comme toi, des malheurs; Leur soif en attendant vide la coupe pleine, A
ta santé; Poissy trinque avec Sainte-Hélène. Regarde
! bals, sabbats, fêtes matin et soir. La foule au bruit qu'ils font
se culbute pour voir; Debout sur le tréteau qu'assiège une cohue
Qui rit, bâille, applaudit, tempête, siffle, hue, Entouré
de pasquins agitant leur grelot, - Commencer par Homère et finir par
Callot ! Épopée ! épopée ! oh ! quel dernier chapitre
! Près de Troplong paillasse et de Baroche pitre, Devant cette
baraque, abject et vil bazar Où Mandrin mal lavé se déguise
en César, Riant, l'affreux bandit, dans sa moustache épaisse,
Toi, spectre impérial, tu bats la grosse caisse. L'horrible
vision s'éteignit. - L'empereur, Désespéré, poussa
dans l'ombre un cri d'horreur, Baissant les yeux, dressant ses mains épouvantées
; Les Victoires, de marbre à la porte sculptées, Fantômes
blancs debout hors du sépulcre obscur, Se faisaient du doigt signe
et, s'appuyant au mur, Écoutaient le titan pleurer dans les ténèbres.
Et lui, cria : Démon aux visions funèbres,
Toi qui me suis partout, que jamais je ne vois, Qui donc es-tu ? - Je
suis ton crime, dit la voix. - La tombe alors s'emplit d'une lumière
étrange Semblable à la clarté de Dieu quand il se venge
; Pareils aux mots que vit resplendir Balthazar, Deux mots dans l'ombre
écrits flamboyaient sur César : Bonaparte, tremblant comme un
enfant sans mère, Leva sa face pâle et lut : DIX-HUIT BRUMAIRE
! |