O horror ! horror ! horror
! SHAKESPEARE, Macbeth.Les
Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil. Chio,
l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil. Chio, qu'ombrageaient
les charmilles, Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois Un chur dansant
de jeunes filles. Tout est désert. Mais non ; seul
près des murs noircis Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée. Il avait pour asile, il avait
pour appui Une blanche aubépine, une fleur, comme lui Dans le grand
ravage oubliée. Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur
les rocs anguleux ! Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l'onde, Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des yeux, Pour relever ta tête
blonde, Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener En boucles sur ta
blanche épaule Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront, Et
qui pleurent épars autour de ton beau front, Comme les feuilles sur
le saule ? Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux
? Est-ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus, Qui d'Iran borde le
puits sombre ? Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand, Qu'un cheval
au galop met, toujours en courant, Cent ans à sortir de son ombre ?
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois, Qui
chante avec un chant plus doux que le hautbois, Plus éclatant que les
cymbales ? Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ? -
Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus, Je veux de la poudre
et des balles. 8-10 juin 1828. |