| La
nuit était fort noire et la forêt très sombre.
Hermann à mes côtés me paraissait
une ombre. Nos chevaux galopaient. A la garde de Dieu ! Les nuages du
ciel ressemblaient à des marbres. Les étoiles volaient dans
les branches des arbres Comme un essaim d'oiseaux de feu. Je
suis plein de regrets. Brisé par la souffrance, L'esprit profond d'Hermann
est vide d'espérance. Je suis plein de regrets. O mes amours, dormez
! Or, tout en traversant ces solitudes vertes, Hermann me dit: Je songe
aux tombes entrouvertes ! Et je lui dis: Je pense aux tombeaux refermés
! Lui regarde en avant; je regarde en arrière.
Nos chevaux galopaient à travers la clairière; Le vent nous
apportait de lointains angelus; Il dit: Je songe à ceux que l'existence
afflige, A ceux qui sont, à ceux qui vivent. - Moi, lui dis-je, Je
pense à ceux qui ne sont plus ! Les fontaines chantaient.
Que disaient les fontaines ? Les chênes murmuraient. Que murmuraient
les chênes ? Les buissons chuchotaient comme d'anciens amis. Hermann
me dit: Jamais les vivants ne sommeillent. En ce moment, des yeux pleurent,
d'autres yeux veillent. Et je lui dis: Hélas ! d'autres sont endormis
!Hermann reprit alors: Le malheur, c'est la vie. Les
morts ne souffrent plus. Ils sont heureux ! J'envie Leur fosse où l'herbe
pousse, où s'effeuillent les bois Car la nuit les caresse avec ses
douces flammes; Car le ciel rayonnant calme toutes les à mes Dans
tous les tombeaux à la fois ! Et je lui dis: Tais-toi
! respect au noir mystère ! Les morts gisent couchés sous nos
pieds dans la terre. Les morts, ce sont les curs qui t'aimaient autrefois
! C'est ton ange expiré ! c'est ton père et ta mère !
Ne les attristons point par l'ironie amère. Comme à travers
un rêve ils entendent nos voix. |