Les Flamands, gent mutine
et têtue.
Mémoires d'Olivier de la Marche.
La
bataille durait depuis none, quand ceux de Bruges lâchèrent
le pied, et tournèrent le dos. Il y eut alors, d'une part, si
épais désarroi, et de l'autre, si rude poursuite, qu'au passage
du pont, nombre de révoltés croulèrent, pêle-mêle hommes, étendards,
chariots, dans la rivière.
Le comte entra le lendemain dans Bruges avec une
merveilleuse cohue de chevaliers. Le précédaient ses hérauts d'armes
qui sonnaient horriblement de la trompette. Quelques pillards,
la dague au poing, couraient çà et là, et devant eux fuyaient
des pourceaux épouvantés.
C'est vers l'hôtel de ville que se dirigeait la
cavalcade hennissante. Là s'agenouillèrent le bourgmestre et les
échevins, criant merci, mantels et chaperons par terre. Mais le
comte avait juré, les deux doigts sur la Bible, d'exterminer le
sanglier rouge dans sa bauge.
« Monseigneur !
- Ville brûlée !
- Monseigneur !
- Bourgeois pendus ! »
On ne bouta le feu qu'à un faubourg de la ville,
on ne pendit aux gibets que les capitaines de la milice, et le
sanglier rouge fut effacé des bannières. Bruges s'était rachetée
cent mille écus d'or.
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